Moi, maman égoïste ? Oui et je l’assume !

Être égoïste : « avoir tendance à privilégier de manière excessive son intérêt propre, aux dépens de celui du reste du monde en général, ou d’autrui en particulier » (source : notre vieil ami Wikipédia).

L’égoïsme est un trait de caractère dont je ne pensais pas autant souffrir depuis que je suis maman. Sur ce blog, je l’ai déjà évoqué : dans mon choix d’arrêter l’allaitement aux deux semaines de Patachou, dans mon besoin de penser à moi d’abord quand elle pleure, ou encore dans le choix de ne pas lui préparer chaque petit pot et compote maison. Pourtant, j’ai « la chance » d’être à la maison, me souffle la culpabilité.

Cet article est la quintessence de mon parcours de maternité : apprendre à penser à moi, et ne plus avoir honte de compter sur mon mari dans sa compétence de père.

Mon mari fait tout à la maison (et moi, je me sens fainéante)

Altruiste, dévouée, empathique, dans l’abnégation totale… Autant de traits de caractère que la société colle d’office à la maternité. Des qualités obligées d’une maman, d’une femme. Et soyons honnêtes : ce ne sont clairement pas mes points forts.

J’ai un mari exceptionnel. Il est profondément compétent dans son rôle de papa et d’époux.

Mais de cette compétence découle ma propre culpabilité.

Par moments, j’ai l’impression d’être « l’homme » de la relation (dans ce que le cliché a de plus traditionnel) :

  • Celui qui ne fait pas les nuits parce qu’il ne supporte pas la fatigue.
  • Qui ne supporte pas les pleurs.
  • Qui mange tranquillement son assiette chaude pendant que le partenaire donne la purée au bébé.
  • Qui ne se lève pas à 5h du matin.
  • Qui passe son tour volontiers pour nettoyer le vomi ou gérer la couche de la grosse commission.

Au bout de deux semaines, mon mari a repris le travail. Pas moi. Pourtant, c’est lui qui continuait de gérer les nuits pour que je puisse dormir et être en forme pour m’occuper de notre fille la journée.

Je me sens comme « l’homme » dans cette relation, mais avec la grande subtilité féminine : moi, je culpabilise. J’ai honte de laisser faire tout ça à mon mari.

C’est le genre de chose que l’on ose peu dire tout haut : « Oh, mon mari gère les nuits, les pleurs et le popo de Patachou ». Pourquoi ? Parce que j’ai ce sentiment bizarre qu’on va me cataloguer comme fainéante. Alors que si les rôles étaient inversés, personne ne trouverait rien à y redire. Une des phrases de l’introduction transcrit exactement ce que je ressens :

« J’ai honte et je culpabilise de compter sur les compétences de mon mari en tant que père. »

Heureusement, Papaboussole est au courant de tout cela. Nous en avons longuement et souvent discuté.

Les mots de Papaboussole 💬

Voici ce qu’il me répond quand mes doutes refont surface :

« J’ai repris le travail seulement deux semaines après l’accouchement (ndm1 : pas de sa volonté, parce qu’on ne lui a pas donné plus …) .. Tu devais te remettre de cet effort, c’était tellement impressionnant et épuisant. Pour moi, et surtout pour toi, c’était un acte brutal. Bien sûr que je m’occupais de Patachou le soir pour que tu puisses te reposer et t’en occuper en journée. C’était autant pour ton bien-être que pour le sien. »


« Au début décembre (ndm : Patachou avait 6-7 semaines), tu étais encore très sensible, tu avais besoin de récupérer et d’avoir du temps seule. En journée avec le bébé, c’était impossible, donc il était naturel que je prenne le relais le soir et la nuit. Tant pour ta santé mentale et physique que pour moi, qui ne l’avais pas vue de la journée. On n’a pas besoin d’être deux à s’épuiser en même temps. Ça s’équilibre. »


« Tu es sensible au manque de sommeil. Je pars une dizaine d’heures pour le travail, mais pendant ce temps, tu portes seule la charge mentale et physique de t’occuper de Patachou. Bien sûr que le matin je me réveille, même si c’est plus tôt que mon réveil professionnel. De toute façon, je dois me lever et enchaîner ma journée. »


« Je m’occupe d’elle le soir et le week-end, mais en même temps, je ne m’occuperai jamais “d’elle” comme d’une corvée. C’est mon rôle en tant que mari : de t’enlever une tâche qui te pèse. Comme pour Moumoune (ndm : notre petite poilue), c’est plus une contrainte pour toi que pour moi, alors je le fais. Comme toi tu prends une autre tâche qui est plus contraignante pour moi. Ça s’équilibre. »

Ne pas allaiter : le comble de l’égoïsme ?

Le non-allaitement est un gros sujet qui revient souvent chez moi et sur ce blog. Pourquoi ? Parce que, ironiquement, c’est exactement ce que je pensais des femmes qui n’allaitaient pas avant d’être maman : je les trouvais égoïstes. Je ne comprenais pas comment on pouvait refuser cela. Depuis, j’ai fait du chemin … donner le biberon est-ce vraiment plus simple que l’allaitement ?

Je me disais : la grossesse et l’accouchement demandent un tel altruisme, pourquoi ne pas continuer dans cette abnégation avec l’allaitement ?

Sauf que pour la grossesse, on n’a pas le choix. Pour l’allaitement, si.

Combien de fois ai-je dit à mon mari : « Mais pourquoi ne sommes-nous pas des hippocampes ? » Si j’avais pu m’épargner ne serait-ce que quelques jours de ces vomissements interminables, de ce ventre lourd, de ces ligaments douloureux et de cette envie irrépressible de faire pipi toutes les heures, je l’aurais fait. Mais c’était biologiquement impossible.

Par ailleurs, le fait de décorréler l’allaitement du bien-être maternel sous prétexte que « l’allaitement est la meilleure alimentation pour votre bébé » est un point crucial. J’approfondis d’ailleurs ce sujet spécifique dans cet article dédié, si cela t’intéresse, car il y a tant à dire sur cette pression sociale.

J’ai finalement compris que la plus belle chose que je pouvais offrir à ma fille et à mon mari, c’était une maman et une femme présente, équilibrée et en forme. Même si cela doit passer par le choix du biberon ou des petits pots industriels.

Mes limites pour survivre

Je ne ferai plus d’efforts sacrificiels pour ma famille. Je pourrais, mais je n’ai plus envie de puiser dans mes ressources profondes jusqu’à l’épuisement. Mes efforts sont désormais calculés pour maximiser mon bonheur tout en prenant en compte l’équilibre de ma famille — et non plus l’inverse.

🎯 Je ferai ce que je pense être le mieux, dans la limite stricte de mes capacités.

❌ Je ne ferai plus les choses uniquement « parce que c’est mieux pour le bébé ». Je les ferai si elles ne m’ajoutent pas une charge mentale ou physique insurmontable.

Ma conclusion 

Si être égoïste signifie « privilégier son intérêt propre au détriment d’autrui », alors oui, selon les standards de la société, je le suis un peu.

Mais le suis-je vraiment, si cette énergie épargnée est précisément celle qui me permet d’être réellement sereine et aimante avec ceux que j’aime ?

  1. NDM : Note De Mamanboussole ↩︎

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