Mauvaise mère en Suisse ? Bonne mère en France ?

Ne pas allaiter. Jamais, au grand jamais, je ne pensais que je n’allais pas allaiter. Ah la la, j’en ai lu des témoignages, des livres, j’avais tout préparé… sauf ma propre réalité du post-partum.

Lors du cours de préparation à l’accouchement et à la parentalité à la maison Tilia, les autres femmes avaient peur de « rater » leur accouchement. Elles tenaient réellement à ne pas avoir de péridurale, voulaient un accouchement physiologique, avec un plan précis et un besoin de tout contrôler.

Et Mamanboussole dans tout cela ?

J’avais bien compris, après une dizaine de témoignages, qu’un accouchement ne se déroule jamais comme prévu. Lutter contre l’aide médicale pouvait parfois entraîner des situations dramatiques ou des césariennes d’urgence évitables. Et puis, si Patachou naissait en vie, bon, je l’aurais réussi, mon accouchement. Le reste, on s’en fiche.

🇫🇷 Le modèle français : la paix du biberon, mais au prix de l’isolement 🇫🇷

Pour comprendre, il faut un petit élément de contexte : je suis française, née et élevée en France. Je suis arrivée en Suisse il y a quelques années pour mes études, et j’adore vivre ici, dans mon pays de cœur.

En France, d’après les témoignages que j’ai pu écouter et ceux de ma famille, globalement, on est assez poussée à ne pas allaiter. Il est communément admis qu’après quelques jours ou semaines, tu peux essayer, mais si ça ne marche pas :

« Ne t’embête pas, prends du lait infantile. »

Les deux facettes du modèle français :

  • Le gros avantage : L’absence totale de culpabilité de ne pas allaiter.
  • La contrepartie : Culturellement, l’allaitement n’est pas ancré, pas enseigné, et parfois même mal vu. Tu allaites dans un parc, sur un banc, dans un magasin ? « Cachez ce sein que je ne saurais voir ! »

Un énorme problème qui en découle est l’absence de connaissances et d’accompagnement par les professionnels de santé. Imaginez : tu es à la maternité, tu souhaites donner le sein, tu ne sais pas comment faire. Aucun soignant n’est réellement formé, on te décourage et on te donne l’option du biberon.

Bon, ce n’est pas une généralité et cela évolue avec les maternités « Ami des bébés », mais allaiter en France reste une épopée solitaire. Les nouvelles générations de mères françaises se battent aujourd’hui pour ce droit : être accompagnées et soutenues.

🇨🇭 Le modèle suisse : le paradis de l’allaitement, le poids du jugement 🇨🇭

Petite française que je suis, nourrie au biberon et voulant contrer ce diktat français du lait infantile, je souhaitais résolument allaiter. Mais mon allaitement, j’ai dû l’arrêter. C’était trop compliqué, pour des tas de raisons, mentales et physiques. J’ai tiré mon lait au maximum, puis j’ai fini par prendre ces fameux cachets de la honte…

Et là, malheur. J’ai honte. Une bonne grosse honte d’écolière.

Ces moments où je me justifie constamment :

Chez le pédiatre : Quand il demande ce que Patachou prend comme lait :

« Euh bah, elle a eu 3 semaines de lait maternel, mais là elle est sous lait infantile. Enfin… j’ai dû arrêter mais j’ai tiré mon lait, elle a encore des réserves ! » 

Le pédiatre ne dit rien, note. Mais moi, je me sens jugée, ou plutôt, je me juge moi-même …

À la pharmacie :

« Ce médicament pour Patachou, vous lui donnez après votre tétée. »

« Mais euh… elle boit au biberon, je ne lui donne plus le sein. Enfin, elle a des réserves de lait tiré, vous savez… »

« OK, bon, vous le mettez dans son biberon alors. »

J’ai honte, je me justifie constamment. On part automatiquement du principe que j’allaite. Et c’est dur… C’est dur parce que j’avais du lait, plein, même trop, et que j’ai choisi d’arrêter.

Je préfère que les gens pensent que j’ai  arrêter pour une raison médicale acceptable, plutôt que d’admettre ma vérité de l’époque : c’était trop dur, et j’ai (lâchement ?) abandonné pour une alternative moins bonne.

🤝 Trouver l’équilibre : deux combats, une même solitude 🤝

Même avec un bébé de 7 mois, on me demande encore si j’allaite. Et au fond, c’est une excellente chose. Les professionnels, continuez à demander !

En France, j’ai acheté des médicaments incompatibles avec l’allaitement. Patachou avait 3 mois, elle était présente. La pharmacienne ne m’a même pas posé la question. Heureusement que j’étais renseignée, car qui lit toutes les petites lignes de la notice ?

J’ai l’impression de voir en parallèle deux mêmes générations avec des revendications opposées :

  • L’une lutte pour pouvoir allaiter sereinement.
  • L’autre lutte pour avoir le droit de ne pas allaiter sans culpabiliser.

Pourtant, personne ne m’a expliqué comment donner le biberon à Patachou. J’ai dû tâtonner seule, exactement comme ces femmes en France à qui on ne donne pas les clés pour réussir leur allaitement. L’équilibre est le maître-mot. Proposons simplement les deux, sans jugement :

« Est-ce que vous allaitez ou donnez-vous du lait infantile ? »

🕊️ Changer mon regard pour plus de tolérance envers les autres et moi-même 🕊️

Pour conclure… J’ai énormément culpabilisé face aux gens lorsqu’il fallait le dire, et j’avais ce sentiment constant d’être jugée.

En privé, seule, je connaissais mes raisons. Et j’ai eu cette chance d’avoir une famille de culture française qui m’a dit : « Moi, mon premier, je ne l’ai pas allaité, c’était trop dur. Le deuxième, ça allait, en revanche », ou : « Simplifie-toi la vie, ça va te décharger. Le papa et d’autres personnes pourront donner le biberon pendant que tu te reposes, tu vas voir, c’est plus simple. » (Mais donner le biberon, est-ce réellement plus simple ? Je me pose justement la question dans cet article).

C’était si difficile pour moi d’entendre ça quand j’étais enceinte, alors que je voulais résolument allaiter.