Et si ne pas allaiter était le plus beau geste d’amour pour mon bébé ?

Dans cet article, je me concentre sur mon allaitement. Je te raconterai ma préparation à l’allaitement avant l’accouchement, la mise au sein à la maternité, le retour à la maison et, enfin, ce cheminement jusqu’à la décision d’arrêter. Des éléments contextuels liés à mon accouchement te donneront des clés de compréhension supplémentaires ; tu trouveras ce récit juste ici.

📝 Comment je m’étais préparée à l’allaitement avant l’accouchement ?

Tu commences à me connaitre … les podcasts ! J’ai donc écouté plein de témoignages, de l’allaitement se passant bien à l’allaitement catastrophique. Je ne me souviens pas avoir écouté un échec total où la maman arrêtait, mais peut-être que je ne me laissais même pas cette possibilité alors j’ai pu « trier » mes écoutes et ne pas en avoir. J’ai également lu cette BIBLE de l’allaitement : le manuel très illustré d’allaitement.

Si j’étais enceinte, que ferais-je de différent pour me préparer à l’allaitement ? Beaucoup de choses… mais surtout mon regard sur l’allaitement : ne pas vouloir absolument allaiter. J’aborde plus en profondeur mes réflexions et mes conseils concrets dans cet article.

🧭 Pourquoi mon allaitement a-t-il mal démarré dès la maternité ?

Une première tétée de bienvenue donnée à contrecoeur

Première tétée, en salle de réveil, dans un espace immense, rythmé par les gémissements des patients qui émergent de l’anesthésie, et une intimité sommairement créée par les infirmières. Non, je n’ai pas eu de césarienne, mais une déchirure de grade 3C. Pour le contexte : j’ai accouché vers 14h, je suis partie au bloc opératoire entre 14h30 et 16h, puis j’ai dû attendre une trentaine de minutes. Au total, deux heures trente se sont écoulées depuis la naissance avec Patachou ; je ne l’avais vue qu’une petite quinzaine de minutes avant d’aller au bloc.

Quand je la retrouve enfin, mon mari me l’amène dans son petit berceau d’hôpital et ma sage-femme est venue l’installer au sein. Elle n’avait rien mangé et réclamait (Patachou, pas la sage-femme 😉 ). Honnêtement, je n’avais pas vraiment envie de la prendre, je me sentais faible et épuisée. Je lui ai donné parce qu’il le fallait, et je savais que j’avais envie de l’allaiter, que je tenais à la mettre au sein alors je me suis raccrochée à ça. Ce dont je me souviens surtout de ce moment, c’est de moi-même : de cette fatigue écrasante, cette peur que j’ai ressenti pendant toute l’opération et de ces douleurs au niveau de la zone périnéale insupportable lorsque l’anesthésie a commencé à s’estomper.

Ma déchirure = douleur et perte d’indépendance

La douleur est passée au bout de 12h je dirais. J’avais de la morphine (ou un dérivé compatible avec l’allaitement) le premier jour, ainsi que du Dafalgan et de l’Irfen. Malgré tout, je ne pouvais pas me relever et me déplacer seule. À l’hôpital, je me débrouillais avec le lit pour me relever comme je pouvais, et à la maison, j’ai développé des stratégies (a.k.a mes bras). Sauf qu’installer Patachou au sein et surtout l’ajuster et la mettre à l’autre sein, je ne pouvais pas le faire par moi-même. Il fallait utiliser mes abdominaux, mes jambes, mais je ne pouvais plus ; se réajuster dans le lit m’était devenu impossible.

Ma Patachou tètait comme une courgette

Pour faire court, elle ne tétait pas bien. Même correctement positionnée, que ce soit son corps ou ses lèvres, elle prenait mal le mamelon. Sa bouche était correctement placée, je me demande donc vis-à-vis de ce fameux frein de langue… À savoir que même le biberon, elle a eu de la peine à le prendre correctement et ne l’a jamais vraiment pris d’une façon physiologique. On m’a donné des téterelles pour l’aider à prendre et j’ai tiré mon colostrum pour qu’elle puisse se nourrir. Je n’ai pas continué avec les téterelles… et je commençais déjà à avoir les mamelons endommagés par la succion. Cela fait partie de mes grosses erreurs…

J’ai eu le combo gagnant (ou perdant) : perte d’indépendance et un bébé qui tète mal. Mais pour autant, ce n’était pas joué d’avance, mais j’ai enchaîné des petites (et grosses) erreurs qui m’ont fait arrêter mon allaitement.

🚨 Quelles ont été mes erreurs tactiques face à l’engorgement et aux crevasses ?

Avec le recul et la fatigue, j’ai cumulé quelques petites erreurs de stratégie qui ont rendu les choses très difficiles :

  • Retirer les téterelles : À la maternité, on m’avait donné des téterelles (ce petit bout de plastique que l’on place sur le mamelon pour que bébé ne tète pas directement la peau, ce qui prévient l’apparition des crevasses, même si ce n’est pas à 100%). Elles ont aidé Patachou à prendre le sein, mais une fois qu’elle a trouvé son rythme, je les ai enlevées. Une grosse erreur… malgré sa bonne position, elle a fini par me faire des crevasses. Si je ne les avais pas enlevées, je n’aurais sûrement pas eu de telles crevasses, et tout ce qui en découle.
  • L’alternance stricte des seins (la pire stratégie) : J’alternais d’un sein à l’autre à chaque tétée, sauf que mon sein n’était vidé que toutes les huit heures (elle mangeait toutes les quatre heures environ). Pour l’engorgement, ce n’était pas la bonne stratégie… L’idéal aurait été de proposer les deux seins lors d’une même session. Élément contextuel majeur : j’avais encore beaucoup de mal à me déplacer. Je devais m’appuyer sur mes bras pour me redresser, impossible d’utiliser mes jambes ou mes abdominaux à cause de la déchirure donc pour moi, lui faire changer de sein, c’était toute une épreuve … Certes, je pouvais demander à mon mari, mais à ce moment-là, le plus simple était de la mettre qu’à un seul sein (qu’elle avait de la peine à vider en plus…) et je ne savais pas que ce n’était pas une bonne idée.
  • S’obstiner sur un sein engorgé : 6 jours après sa naissance, il est 23h – minuit, je l’ai mise au sein droit pour me soulager, c’était celui qui était le plus engorgé. Elle a tété en continu pendant une heure. Effectivement, c’est énorme. Jamais il ne faut mettre un bébé au sein pendant 1h, mais je ne n’en avais pas conscience… et j’avais ce dont j’avais envie, moi, c’était de me soulager et vider le sein. J’avais mal, ça me pinçait, alors qu’elle était pourtant bien positionnée. Résultat : mon mamelon droit, jusqu’ici préservé, s’est retrouvé totalement crevassé (à peine reconnaissable…).
  • Le cataplasme à même la peau : Même jour, même heure, j’ai tenté un cataplasme pour apaiser l’inflammation après la tétée, mais comme je l’avais appliqué directement sur la peau (mieux vaut le mettre en « sandwich » pour ne pas qu’il se dessèche), il a séché et ça me tirait la peau : c’était l’enfer.
  • Ne pas masser mon sein correctement pour aider à le vider : Oui, on te dit de masser. On te montre le geste. Tu sais ce qui m’a réellement aidé ? Que l’on me masse directement le sein ! Mon (incroyable) obstétricienne m’a vidé les seins. J’ai pu comprendre que je n’appuyais pas assez et sentir comment doit être un sein correctement vidé. À partir de là, j’ai su le vider correctement, ce qui m’a drastiquement changé la vie et désengorgé les seins. Tu peux récupérer le lait ! Je me mettais assise en tailleur, avec un verre en dessous et je faisais couler le lait dedans pour ne pas le perdre.

🌧️ À quel moment l’allaitement m’a-t-il fait basculer dans une détresse psychologique ?

On est 6 jours après sa naissance : engorgement bilatéral, crevasses, et aucune solution pour nourrir Patachou à 23h un samedi soir. Voilà ce qui m’a fait basculer.

Après l’épisode du cataplasme, j’ai commencé à pleurer en continu. Une vraie crise. En me regardant dans le miroir, je voyais mon visage déformé par les pleurs, ressemblant trait pour trait à celui de ma Patachou. Je n’avais aucune alternative : pas de biberon, pas de lait infantile, pas de tire-lait. J’ai dû rester en larmes pendant au moins une heure et demie.

Papaboussole a fini par appeler la maternité. Ils ont été adorables, et nous y sommes allés en pleine nuit. Il pleuvait à torrents, il faisait noir, on s’éclairait au téléphone. Notre appartement étant situé sur une petite colline avec des escaliers, c’était un enfer pour sortir avec la poussette ! Sacrée première sortie pour Patachou, qui a dormi tout du long. À la maternité, ils ont inspecté ma poitrine et m’ont fourni un tire-lait pour soulager l’engorgement1. Honnêtement, à ce moment-là, j’avais désespérément envie qu’on me dise : « Arrête, voici du lait infantile, ça ira très bien. »

🌀 Comment s’est passée la transition vers le tire-allaitement ?

J’ai commencé à tirer mon lait à partir de ce moment-là, Patachou avait donc une semaine. Psychologiquement, ça allait déjà beaucoup mieux : savoir que je pouvais continuer à nourrir Patachou sans subir cette douleur aux mamelons était un vrai soulagement. Je tirais mon lait toutes les trois heures, pendant quinze minutes. Les quantités étaient astronomiques : 80 mL par sein ! Patachou, elle, a très bien accepté le biberon (si tu souhaites savoir tout notre attirail pour la biberonnerie, c’est ici).

C’est plutôt le rythme des médicaments et de la logistique qui rendait ma journée un enfer. Imaginez que je devais manger toutes les huit heures pour protéger mon estomac de mes médicaments (antibiotiques et Irfen) à minuit, 8h et 16h. Ne me demandez pas pourquoi, mais avec la logique d’une femme en post-partum épuisée, je prenais mon petit-déjeuner à minuit, mon dîner à 8h et mon soûper à 16h… le tout entrecoupé de séances de tire-lait toutes les trois heures.

Tire-allaiter, plus simple que donner le sein ? (Non.)

Le tire-lait, ce n’est pas juste : on pompe. Non, je me préparais une quinzaine de minutes en avance pour mettre du chaud sur mes seins, j’installais le tire-lait, je pompais le lait pendant une quinzaine à vingtaine de minutes, je désinstallais le bazar, je nettoyais tous les accessoires, je mettais le lait au frigo et, pour finir, je passais une vingtaine de minutes avec une poche de froid sur moi. Et tout ça en sachant que Patachou, là, elle n’est pas encore nourrie !

Je ne pouvais pas dormir plus de deux heures d’affilée et ça arrivait quand toutes les planètes étaient alignées, sinon j’avais en moyenne une heure de repos. En sachant que Papaboussole gérait Patachou entièrement. Uniquement en m’occupant de moi et tirer mon lait, je n’avais déjà plus de temps de repos. On arrive donc à la fin de la 2e semaine de vie de Patachou et tu sais qui doit reprendre le travail ? Le seul relai que j’avais : mon mari.

🏥 Qu’est-ce qui a provoqué mon retour aux urgences gynécologiques ?

Quelques jours après avoir eu mon tire lait (donc Patachou avait 10 jours). Nous avons dû aller aux urgences gynécologiques2 car ma température dépassait les 39°C. J’avais mal partout, des courbatures, le souffle brûlant, les yeux chauds et des tremblements. Nous sommes restés dans une petite pièce pendant une heure pour que je puisse m’allonger ; je délirais, je m’auto-papouillais. J’avais peur de mourir à ce moment-là, j’avais peur que mon état de santé ne soit pas lié qu’à la mastite, que ça masquait quelque chose de plus grave et que ce ne soit pas détecté à temps. Cette peur de mourir, je l’avais eue également lorsque l’on m’a amenée au bloc. Finalement, nous sommes repartis avec des antibios pendant 10 jours.

Quelques jours plus tard, la fatigue a fini par avoir raison de moi : la nuit de samedi à dimanche, je ne me suis pas réveillée pour tirer mon lait. Six heures de battement, et mes seins sont redevenus des « blocs de béton ». De grosses rougeurs sont réapparues et ma température frôlait les 38°C (et ce, alors que j’étais déjà sous Irfen et Dafalgan !). J’ai préféré retourner aux urgences.

🤔 Pourquoi ne pas avoir continué le tire-allaitement plutôt que d’arrêter complètement ?

Tout simplement le rythme impossible à tenir. Le tire-allaitement, ça demande une organisation et un temps énorme. J’étais complètement seule. Entre les médicaments, tirer mon lait et donner le biberon, je n’avais littéralement plus de demi-heure de repos. C’était impossible, je pouvais soit m’occuper de Patachou soit tirer mon lait, bon bah, logiquement, on va devoir choisir de s’occuper de bébé.

Grandmamanboussole est venue après un appel à l’aide désespéré, la 3e semaine de vie. Cela m’a donné le temps de finir mon allaitement, en tirant ce que j’ai pu pour faire des réserves et faire la transition avec le biberon. Heureusement, Patachou a pris sans se poser de question le lait Bimbosan classic 1 (elle avait déjà les biberons MAM). Je me suis dit : « je suis contente qu’elle prenne le biberon mais bon sang, je tire mon lait dans la douleur, et elle a rien vu ». Cela m’a évidemment réconfortée dans mon choix de donner le biberon et du lait infantile car cela se passait très bien.

Ironiquement, elle a refusé de prendre mon lait maternel quand j’ai décongelé mes litres de réserve. J’ai réussi à lui donner en coupant avec du lait infantile en passant progressivement à un biberon constitué au 3/4 de lait infantile, de la moitié puis de 1/4. Quand j’ai commencé à ne plus avoir de réserve, j’ai fait le chemin inverse.

🔄 Ai-je essayé de remettre au sein Patachou plutôt que de tire-allaiter ?

Erreur monumentale : la remettre au sein. Cela a contribué à mon épuisement. J’ai essayé la 2e semaine sous conseil de ma sage-femme. C’était trop tôt ! Je m’épuisais déjà avec le tire-allaitement, tu me diras : « Mais c’est une bonne idée, ça soulagera le rythme ». Sauf que non ! Pas au début en tout cas, elle ne tétait pas assez. Donc en plus de la logistique du tire-allaitement, on devait la mettre au sein, qu’elle finisse par téter, et en plus elle prenait mais pas suffisamment donc on devait lui donner le biberon et je devais vider mon sein avec le tire-lait de toute façon. En sachant que mon mari reprenait le boulot, donc déjà que tirer le lait et m’occuper d’elle était incompatible alors si on ajoute tenter de la remettre au sein…

L’allaitement “naturel” m’a fait échouer mon allaitement

Si le but était de lui donner mon lait alors parfait le tire-allaitement était un compromis efficace, pourquoi vouloir la remettre au sein ?3 J’ai eu cette impression qu’il fallait lui donner le sein, « nature-peinture ». Au final, c’est à force d’essayer de lui donner le sein « naturellement » qui a contribué à ce que je finisse par arrêter complètement car j’accumulais une fatigue immense à la fois physique et mentale.

💬 Comment en est venue la décision d’arrêter ?

Mon obstétricienne. Que veux-tu, elle a tout compris et comprend les femmes. Je ne l’ai eue que deux fois au téléphone pour qu’elle comprenne à quel point je n’en pouvais plus. La 3e semaine de vie, elle m’a appelée le lundi, je me suis effondrée au téléphone. Elle me propose d’arrêter : « Mais Madame Mamanboussole, c’est trop, vous n’en pouvez plus, je peux vous proposer d’arrêter pour vous soulager […] Prenez votre temps, vous n’êtes pas obligée de décider de suite, c’est satisfaisant et gratifiant de donner le sein à votre bébé et de le nourrir, mais quand c’est trop … c’est trop ».

Elle m’a offert cette porte de sortie, que j’ai prise avec soulagement. Je m’étais offusquée quand j’étais allée aux urgences avec mon 40 de fièvre quand l’infirmière (âgée) m’a dit que ce n’était pas grave si j’arrêtais, qu’ils sont nourris tout aussi bien, et que ça ne les tue pas et que ses enfants ont très bien grandi avec le biberon. Oui, je suis d’accord… mais c’est tellement dur quand on veut absolument allaiter d’entendre ça.

Moi, maman égoïste ? (Oui !)

Bon, j’ai trouvé ma solution, ne pas vouloir absolument faire quelque chose : c’est la porte ouverte à la culpabilité ! Je ferai encore moins quelque chose sous le seul prétexte que c’est le mieux pour Patachou. Je suis “égoïste” et je l’assume, je me fais passer avant ce qui est “le mieux” pour ma fille et tu sais quoi ? En fait, je suis une meilleure maman !

Bon, revenons sur le concret : j’ai refusé quand elle m’a appelée le lundi. Le mardi matin j’appelais désespérée son cabinet en disant « oui, je veux arrêter, je n’en peux plus ». J’ai eu un rendez-vous le mercredi matin pour m’expliquer les étapes à suivre.

💊 Comment ai-je arrêté l’allaitement à 3 semaines post-partum ?

On est ce fameux mercredi matin, je suis chez mon obstétricienne. Elle m’explique tout en détail comment procéder. Je ne suis pas professionnelle de santé, je restitue uniquement ce dont je me souviens et comment je l’ai interprété :

PREMIERE ETAPE : ON DIMINUE LA LACTATION

On réduit progressivement le temps du tire-lait (qui stimule la lactation), on essaye d’espacer le tire-lait en évacuant le lait en massant les seins (ça fait mal et ça prend un temps fou, une bonne demi-heure par sein, mais c’est hyper efficace et tu peux mettre un verre en dessous pour récupérer le lait !). Je buvais également des infusions de menthe qui est galactofuge (inhibe la production de lait). Rien qu’en faisant ça, j’avais complètement coupé mon engorgement et diminué ma lactation drastiquement.

DEUXIEME ETAPE : LES CACHOUNETS

On prend les cachets. Ils étaient minuscules, il fallait les couper en deux, franchement c’était approximatif… Étant donné que j’avais déjà bien diminué ma production de lait, ils m’ont presque tout de suite coupé ma lactation.

Il m’est arrivé, jusqu’à 6 mois après, d’avoir toujours des gouttes de lait qui perlaient. Cela arrivait quand Patachou n’était pas bien, malade et pleurait beaucoup et j’avais envie viscéralement de la mettre au sein, je dois avouer que c’était les moments un peu “regrets” que j’ai eu mais vite balayer par la réalité du terrain.

🪞 Et ma poitrine dans tout ça ?

Abîmée. J’ai eu de la chance, je n’ai eu aucune vergeture mais elle est moins ferme qu’avant… J’ai 25 ans, j’avais une poitrine que j’aimais et je l’ai perdue. Pas totalement, mais ça reste un point qui m’embête. Hormis ma cicatrice périnéale (et la ligne sur le ventre que j’ai toujours 8 mois après), ma poitrine est la trace irréversible de ma grossesse sur mon corps.

Est-ce que j’allaiterai mes autres enfants ? 

Non… enfin, si, j’espère ! Mais je ne partirai plus jamais du principe que je veux absolument allaiter.

Ne pas se préparer à ne pas allaiter au sein … MA plus grosse erreur

Avec le recul, je réalise que ma plus grosse erreur a été de ne pas me préparer à l’éventualité de ne pas l’allaiter au sein. Je ne m’étais pas projetée dans une solution alternative comme le tire-allaitement, ni même dans une solution plus « radicale » : lui donner du lait infantile. Pour la suite, je m’offrirai dès le départ le droit d’avoir le choix, sans pression et sans culpabilité.

🧭 Quel regard je porte aujourd’hui sur cette expérience ?

Nous étions à deux semaines post-partum. Je passais mes journées à pleurer en continu dans la salle d’attente. Je me disais que si Patachou n’était pas là, j’irais mieux, que c’était trop dur. Ce n’était plus du baby-blues. Je glissais doucement vers la dépression du post-partum.

Je suis aujourd’hui reconnaissante envers moi-même de m’être autant renseignée en amont : j’ai su identifier les signaux d’alerte à temps. Ce n’est pas mon mari, ma sage-femme, ou quiconque4, mais moi qui me suis sauvée. J’ai eu la force et le courage de dire stop et de faire ce qui est le mieux pour moi…. malgré moi.

Grâce à tous les témoignages lus et entendus, je savais que ce que je traversais — et les pensées sombres qui m’envahissaient — étaient « normales » dans le contexte d’une dépression post-partum ou même d’un post-partum tout court. J’ai appris à ne pas culpabiliser de ne rien ressentir pour Patachou sur le moment (merci les podcasts).

Le suicide : la première cause de mortalité chez les mères en post-partum5

Ça me tient tellement à cœur de te partager ma propre expérience, parce que l’expérience des autres m’a sauvée, et si j’ose dire, a sûrement sauvé ma vie. Nous n’en parlons pas suffisamment :

Le suicide est la première cause de mortalité chez les mères en première année de post-partum.

J’ai lutté pour ne pas faire partie de ces tristes statistiques. J’ai essayé d’y arriver seule, pour des raisons économiques principalement, mais en vain… J’ai fini par complètement craquer et par me retrouver aux urgences psychiatriques 6 mois après la naissance de Patachou. (Au passage, j’ai complètement éclaté ma franchise de 2500 CHF. Donc bon, au final, j’aurais clairement dû consulter bien avant, mais c’est facile à dire quand on connaît la fin de l’histoire…).

Je suis fière de moi d’avoir pris cette décision : d’avoir su affirmer mes besoins et de ne pas faire passer ma fille d’abord au détriment de ma santé.

Stopper mon allaitement n’était pas un échec, c’était une délivrance et un choix nécessaire pour me (re)construire en tant que maman.

  1. Ils ont été sympa, normalement on ne peut pas emprunter un tire-lait en dehors des horaires mais étant donné qu’on était samedi en pleine nuit, ils ont fait une exception. ↩︎
  2. Allez bien à ces urgences là, au même étage que la maternité, car la poitrine fait parti de la partie gynécologique, aux urgences en bas, ils ne sont pas gynécologues ! ↩︎
  3. Oui, il y a plein de raisons de vouloir remettre au sein. Niveau production, j’étais une vraie vache laitière, pas besoin de stimuler ! La question de la stimulation aurait pu se poser, mais plus tard. La relation avec Patachou ? Elle ne pouvait pas se développer si j’étais dans un état psychologique lamentable. On m’explique qu’il fallait la remettre au sein avant ses 6 semaines sinon ce ne serait plus vraiment possible après (une question de succion, je ne suis pas experte mais c’est l’idée). Elle n’avait que 2 semaines, j’avais le temps ! Et au pire, je revenais à mon idée de base : le plus important, ce n’est pas tout simplement qu’elle boive mon lait maternel ? ↩︎
  4. Mon obstétricienne avait quand même eu des doutes, m’avait parlé de dépression post-partum et m’avait encouragé à consulter ↩︎
  5. Source ↩︎

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