Mon accouchement : “Faites sortir Patachou !”

Previously on Mamanboussole… 🎬

« Ça y est, on le sait au moment de quitter l’appartement : on ne rentrera pas qu’à deux. »

AprĂšs la pose du ballonnet pour me dĂ©clencher, j’ai d’abord trouvĂ© ma bulle :

« Je respire correctement, j’imagine mon col se dilater, comme une sorte d’anneau que je visualise en train de s’ouvrir. Chaque contraction, je la ressens comme du plaisir ; j’ai rĂ©ussi Ă  transformer la douleur en un signal positif. »

Puis, le basculement :

« Je ne contrĂŽle plus du tout la douleur, et je sens que ce n’est pas normal. La douleur est indescriptible. J’ai l’impression que mon corps lĂąche, qu’il n’arrive plus Ă  encaisser. »

AprĂšs avoir eu la pĂ©ridurale, tout s’est accĂ©lĂ©rĂ© :

« Pour vous donner une idĂ©e, en une trentaine de minutes, je suis passĂ©e de 6 Ă  10 de dilatation. Quand mon obstĂ©tricienne arrive, je comprends qu’elle s’est pressĂ©e : elle ne s’attendait pas du tout Ă  ce que j’accouche aussi vite en dĂ©but d’aprĂšs-midi au vu de l’évolution premiĂšre de mon travail. »

Des poussées interminables

Il est environ 13h. Mon obstĂ©tricienne est lĂ , la sage-femme est prĂȘte. On y va !

Je commence Ă  me sentir faible, la fiĂšvre revient et je tremble de tout mon corps. J’ai envie de pousser, mais je ne suis pas en forme. On m’installe en position gynĂ©cologique (aprĂšs m’avoir demandĂ© mon accord) et je pose mes pieds nus dans les Ă©triers. L’équipe m’explique la technique : prendre une grande inspiration, pousser en retenant son souffle, puis expulser.

J’entends alors une dose de pĂ©ridurale s’écouler.

Le point “popotage” (parce qu’on se dit tout) đŸ’© 

Lors des premiĂšres poussĂ©es, j’évacue tout ce qu’il y a Ă  Ă©vacuer avant la venue de Patachou. Je le prends avec humour : je savais que l’on « popotait », et puisque cela fait de la place pour que Patachou passe, on adore !

Un travail d’équipe Ă  quatre mains đŸ€

C’est un vĂ©ritable travail d’équipe. Je ne sens pas physiquement les contractions Ă  cause de l’anesthĂ©sie, mais je sais quand je dois pousser et cela est confirmĂ© grĂące au TOCO. 

Papaboussole est Ă  ma droite, et les deux professionnelles sont devant moi, les yeux alternant entre mon visage, le monitoring et ce qu’il se passe en dessous. Je pousse : la tĂȘte descend, puis remonte, c’est le jeu normal.

Ma sage-femme m’avait expliquĂ© qu’une fois passĂ©es certaines limites (les Ă©pines sciatiques), on ne pouvait plus faire de cĂ©sarienne. L’objectif Ă©tait donc de faire franchir ce cap Ă  la tĂȘte du bĂ©bĂ©.

Les signes de faiblesse de mon pĂ©rinĂ©e …

  • Laisser passer quelques contraction : on me demande d’attendre de passer plusieurs contractions mĂȘme si j’ai envie de pousser. Mon pĂ©rinĂ©e est trĂšs fin, il subit beaucoup de pression et il faut le protĂ©ger.
  • Masser pour aider : Elle me massent la zone avec de l’eau chaude. Je ne ressens aucune douleur, par contre je sens distinctement la chaleur de l’eau (on m’avait dit que c’était impossible, mais je l’ai bien senti !).

Sur le moment, je ne me rendais pas compte, ce ne sont que des petits dĂ©tails qui me feront penser que je vais dĂ©chirer mais jamais Ă  ce point lĂ  …

Le repĂšre des 40 minutes : Quand ça coince ⏱ 

Allez, on repousse. La tĂȘte a du mal Ă  passer. J’entends une nouvelle dose de pĂ©ridurale se libĂ©rer. Comme les doses sont espacĂ©es de 40 minutes minimum, cela me sert de repĂšre temporel : cela fait dĂ©jĂ  40 minutes que je pousse.

On m’explique alors que Patachou a du mal Ă  franchir le cap des Ă©paules. Je suis Ă©puisĂ©e physiquement et mentalement, mes rĂ©serves d’énergie sont au plus bas. On me dit : « On essaye trois poussĂ©es, aprĂšs on prend la ventouse ».

Mon obstĂ©tricienne dĂ©ploie une Ă©nergie folle pour aider Patachou Ă  sortir Ă  chaque poussĂ©e. Elle tire, et elle ne fait pas semblant ! De mon cĂŽtĂ©, je n’en peux plus :

« Mais faites-la sortir ! »

Le moment magique de mon accouchement : on entend bébé pleurer

Oui, les trois quarts de son corps sont encore Ă  l’intĂ©rieur qu’elle pleure dĂ©jĂ  ! Ce sont des petits pleurs de petits chats.

Pour moi, ce n’était pas du tout « magique » Ă  cet instant prĂ©cis, je me disais juste : « PurĂ©e, je veux qu’elle sorte. »

Bienvenue, Patachou ! 🏆

L’obstĂ©tricienne appelle le pĂ©diatre en renfort. Souvenez-vous, il y avait une suspicion de RCIU (Retard de Croissance Intra-UtĂ©rin) et l’accouchement Ă©tait difficile, on retiendrait presque notre souffle…

Mais le verdict tombe :

  • ✹ Score APGAR Ă  1 minute : 9 / 10 (une coloration un peu pĂąle)
  • ✹ Score APGAR Ă  5 minutes : 10 / 10

Bref, tout va bien : une Patachou en super forme ! Elle finit enfin par sortir, aprùs quarante-cinq bonnes minutes d’efforts intensifs. Le voyage à trois commence.

La rencontre avec Patachou : épuisement et dissonance cognitive

Papaboussole pleure d’émotion. Patachou est enfin sur moi : toute moite, toute chaude, humide, avec son petit poids posĂ© dĂ©sormais sur ma poitrine et non plus reposant dans mon ventre


Et, je ne ressens rien.

Enfin, si : je suis soulagĂ©e de l’avoir « expulsĂ©e ». C’est un mot dur, je l’admets, mais je n’en pouvais plus. Je ne voulais pas la faire sortir pour « la rencontrer » sur le moment, mais simplement pour que tout cela se termine. Elle est assez propre Ă©tonnamment, elle pleure, et reste toute recroquevillĂ©e sur moi.

Les minutes qui suivent : les petits dĂ©tails invisibles ⏱

Dans un coin de ma tĂȘte, une question trotte : est-ce que j’ai dĂ©chirĂ© mon pĂ©rinĂ©e ? SĂ»rement ! Mais bon, j’ai forcĂ©ment eu la « petite » dĂ©chirure « classique » (grade 1 ou 2).

Je remarque alors que plus personne n’est dans la piĂšce. Papaboussole est Ă  ma droite. À un moment, il doit passer devant mes jambes, qui sont toujours Ă©cartĂ©es dans les Ă©triers, pour aller rĂ©cupĂ©rer son natel et nous prendre en photo. Je me souviens m’ĂȘtre demandĂ© : dois-je lui dire de regarder ou, au contraire, lui dire de ne pas le faire ?

À ce moment-lĂ , je ne possĂšde pas toutes les informations. Je ne fais aucun lien entre tous ces petits dĂ©tails. C’est mon premier accouchement, j’ai Patachou sur moi, on nous laisse seuls. Cette position n’a aucune importance sur le coup.

Et la délivrance du placenta ?

Je l’expulse un peu aprĂšs, avec un peu d’aide. Mon obstĂ©tricienne me demande gentiment si j’en ai encore la force ou si elle doit aller le chercher ; je prĂ©fĂšre puiser dans mes derniĂšres rĂ©serves et pousser moi-mĂȘme. C’est fait assez facilement. Par contre, je prĂ©fĂšre ne pas le regarder.

Le rideau s’ouvre : une question gravĂ©e dans ma mĂ©moire

Dans cette salle de naissance à PourtalÚs, la porte est située à gauche, avec un grand rideau de douche pour préserver notre intimité.

Je vois soudain mon obstĂ©tricienne Ă©carter le rideau et rentrer. Gardez bien cette scĂšne en tĂȘte : chez moi, elle est gravĂ©e dans le marbre et elle me revient rĂ©guliĂšrement en mĂ©moire de maniĂšre trĂšs soudaine.

Mon obstĂ©tricienne s’approche, me regarde, et me pose cette fameuse question :

 Â« Madame Mamanboussole, portez-vous des bijoux ? »