Ma (honteuse ?) déchirure de grade 3c

Une déchirure… on vous en parle lors du cours de préparation à l’accouchement. On en entend des témoignages de femmes qui en ont eu, allant du “c’est passé tout seul” au “c’était terrible”.

Je m’attendais à avoir une déchirure et je savais que c’était une éventualité fréquente, puisque 75 à 85 % des femmes en subissent une au cours de leur accouchement, tous grades confondus1 . Mais avoir une déchirure de grade 3c… là, ce n’était définitivement pas une case présente dans mon bingo pour cet accouchement.

Une déchirure : De quoi parle-t-on ?

Une vidéo courte, simple et efficace de la maison des maternelles :

Si tu ne souhaites pas ou ne peux pas regarder la vidéo, je vais te faire ma petite explication :

Les déchirures les plus fréquentes sont celles de grade 1 et 2 (les plus superficielles). Les grades 3 et 4, dits « graves » car ils touchent le sphincter anal, sont plus rares. Cependant, les études scientifiques présentent des chiffres tellement disparates sur les pourcentages réels de chaque grade que je préfère ne pas m’avancer sur des statistiques précises.2

Ce que l’on déchire selon le grade3 :

  • Grade 1 : muqueuse vaginale + peau du périnée (lésion cutanée)
  • Grade 2 : muqueuse vaginale + peau + muscle du périnée
  • Grade 3 : muqueuse vaginale + peau + muscle + sphincter anal (partielle ou complète)
  • Grade 4 : grade 3 + épithélium anal (= muqueuse anale)

Je ne te mets pas de dessin, ni « édulcoré » ni « réaliste ». J’ai mis du temps avant de regarder sur internet le schéma édulcoré, et je suis tombée sur des schémas plus réalistes (celles qui regarderont comprendront). Je ne veux pas t’imposer ça ; si tu es venue ici, tu sais à quoi t’en tenir, mais c’est trop dur pour moi pour le moment.

Honnêtement, c’était difficile : d’un côté, les schémas édulcorés me semblaient simplistes et ne rendaient pas compte de la réalité, mais les schémas réalistes, plus brutaux, m’ont aidée à réaliser : « Ah ouais, ce n’est pas rien ce que tu as eu ». Un mélange de fierté et de force d’avoir affronté tout ça, mais aussi de tristesse envers moi-même d’avoir dû subir cela.

Généralement, on te montre un schéma anatomique de face, une femme les jambes écartées, mais je trouve qu’on ne se rend pas bien compte de la distinction entre le sphincter interne et le sphincter externe avec ce genre de vue. Pour mieux visualiser l’étendue de la blessure, il faut regarder une coupe de profil (sagittale). En voici une bonne représentation4.

« Mais Mamanboussole, tu me parles de grade 3C, et le C, il est où là-dedans ? »

Et oui, les amiboussoles… J’ai fait un grade 3 mais à un petit poil de miche du grade 4, aka la déchirure totale. Le grade 3 se sous-divise en trois catégories :

  • 3A : < 50 % de l’épaisseur du sphincter externe.
  • 3B : ≥ 50 % de l’épaisseur du sphincter externe.
  • 3C : Le sphincter externe ET le sphincter interne sont touchés.

Donc pour résumer, j’ai eu ma muqueuse vaginale, la peau et le muscle du périnée entièrement déchirés et, pour la petite cerise sur le popotin, mon sphincter anal, interne et externetotalement déchiré. Il ne manquait que la muqueuse anale pour atteindre la déchirure totale (le grade 4).

Où lire la suite ? Si tu souhaites avoir mon ressenti quand j’ai appris cette déchirure et tout ce qui s’en est suivi (spoiler : bloc opératoire et pas de bébé dans mes bras), tu peux aller lire cet article directement. Si tu souhaites avoir plus de détails techniques et partager un petit coup de colère, continue ici !

Et l’épisiotomie dans tout ça ?

L’épisiotomie c’est du grade 25. Alors, de ce que j’en ai compris : en France, on a surabusé de l’épisiotomie (le taux était de 47% et 68% chez les primipares en 2002-20036, 20,1% en 2015 et en 2021, le taux est descendu à 8,3%7). Les recommandations actuelles (suisses et françaises) imposent une pratique restrictive8 : il vaut mieux une déchirure naturelle qu’une épisiotomie (l’épisiotomie ne doit plus être systématique). La déchirure se fait sur les zones de moindre résistance des tissus. Même si elle n’est pas droite et prend parfois plus de temps à recoudre qu’une incision nette, la déchirure naturelle guérit souvent bien mieux9. Niveau douleur, cicatrisation et remise en forme, la déchirure naturelle est beaucoup moins traumatisante pour les muscles qu’une épisiotomie, car elle sépare les fibres le long des tissus plutôt que de les sectionner net au scalpel10. Enfin, les études ont montré que l’épisiotomie systématique ne prévient pas les déchirures graves (grades 3 et 4), voir le contraire en cas d’incision inappropriée mais reste recommandé dans le cas d’un accouchement instrumentalisé (forceps, ventouse)11.

Ton consentement est une recommandation ! il est recommandé d’expliquer et de demander ton accord avant de pratiquer l’épisiotomie12.

Le mot de la fin : moi honteuse ?

La honteOui, je l’ai ressentie.

Quand on me demande : « Alors, l’accouchement, comment c’était ? », c’est dur d’exprimer toute la complexité et les émotions contradictoires que l’on ressent en quelques phrases.

D’un côté, je suis fière de la façon dont j’ai géré les contractions : j’étais dans un état presque de transe, un souvenir si puissant que, sept mois après, j’en frissonne encore d’endorphines. Mais d’un autre côté, l’accouchement en lui-même… bon sang. Ma déchirure, ma peur, ma passivité et cette quasi-indifférence face à Patachou, toute chaude et moite contre moi.

Voulez-vous vraiment savoir que j’ai eu mon sphincter anal complètement déchiré ? Ai-je envie de vous le dire ? Ai-je honte de le dire ?

Oui, j’ai honte.

Aujourd’hui, je l’aborde plus frontalement, je me suis “forcée” à ne plus avoir honte. Si tu me demandes, tu le sauras. Tu es gêné ? Moi, j’ai décidé que non. La région anale, une zone encore tabou (dans mon ressenti). Je me suis dit : avant, on était gêné, embarrassé de dire qu’on avait nos règles, un vagin, une sexualité … Et si je décidais de transgresser encore plus mes propres gênes et tabous ?

Oui, j’ai eu des gaz incontrôlables, des fuites urinaires et anales. Je ne vais pas te le cacher pour te préserver ; je vais te le dire, parce que je ne veux pas en faire un tabou, ni pour moi, ni pour les autres.

C’est mon corps, c’est mon histoire, et elle mérite d’être racontée.

N’étant pas professionnelle de santé, je m’appuie sur la littérature scientifique pour restituer ces informations. Si tu es du corps médical, tes corrections sont les bienvenues, idéalement accompagnées des articles scientifiques ou des sources correspondantes13 pour que je puisse mettre le texte à jour.

  1. Goh, R., Goh, D., & Ellepola, H. (2018). Perineal tears-A review. Australian journal of general practice47(1/2), 35-38.
    Głoćko, P., Janczak, S., Nowosielska-Ogórek, A., Patora, W., Wielgoszewska, O., Kozłowski, M., & Cymbaluk-Płoska, A. (2025). Perspective on perinatal birth canal injuries: an analysis of risk factors, injury mechanisms, treatment methods, and patients’ quality of life: a literature review. Journal of Clinical Medicine14(10), 3583. ↩︎
  2. Rham, M., D., Meyer, S., Achtari, C., Fornage, S. (2017), Conséquences à long terme des déchirures périnéales obstétricales sévères sur la fonction sexuelle, Rev Med Suisse, 13, no. 554, 602–606. https://doi.org/10.53738/REVMED.2017.13.554.0602
    Villot, A., Deffieux, X., Demoulin, G., Rivain, A. L., Trichot, C., & Thubert, T. (2016). Prise en charge des périnées complets (déchirure périnéale stade 3 et 4): revue de la littérature. La Revue Sage-Femme15(1), 10-18.
    ↩︎
  3. Losdyck, A., Meyer, J., Meurette, G., Ris, F., Toso, C., Liot. (2024), Accouchement par voie basse et traumatisme périnéal : quand vient le temps de la reconstruction, Rev Med Suisse, 20, no. 878, 1145–1150. https://doi.org/10.53738/REVMED.2024.20.878.1145 ↩︎
  4. Je ne parle pas d’une bonne représentation d’un point de vue strictement scientifique, mais plutôt d’une illustration adaptée aux mamans non professionnelles de santé qui souhaitent visualiser le sphincter. ↩︎
  5. Source ↩︎
  6. Source ↩︎
  7. Source ↩︎
  8. Source ↩︎
  9. Carroli, G., & Mignini, L. (2009). Episiotomy for vaginal birth. Cochrane database of systematic reviews, (1 ↩︎
  10. Josefsson, M. L., Sohlberg, S., Ekéus, C., Uustal, E., & Jonsson, M. (2024). Self-reported dyspareunia and outcome satisfaction after spontaneous second-degree tear compared to episiotomy: A register-based cohort study. PLoS One19(12), e0315899. ↩︎
  11. Ducarme, G., Pizzoferrato, A. C., De Tayrac, R., Schantz, C., Thubert, T., Le Ray, C., … & Fritel, X. (2018). Prévention et protection périnéale en obstétrique: Recommandations pour la Pratique Clinique du CNGOF (texte court). Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, 46(12), 893-899.
    Venara, A., Brochard, C., Fritel, X., Bridoux, V., Abramowitz, L., Legendre, G., & Siproudhis, L. (2021). Prise en charge des lésions obstétricales du sphincter anal: enquête des pratiques françaises et des perceptions selon les disciplines. Journal de Chirurgie Viscérale, 158(5), 415-422. ↩︎
  12. Ducarme, G., Pizzoferrato, A. C., De Tayrac, R., Schantz, C., Thubert, T., Le Ray, C., … & Fritel, X. (2018). Prévention et protection périnéale en obstétrique: Recommandations pour la Pratique Clinique du CNGOF (texte court). Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, 46(12), 893-899. ↩︎
  13. Que ce soit à la maison de naissance Tilia ou à l’Hôpital Pourtalès, j’ai moi-même reçu des conseils allant complètement à l’encontre des recommandations actuelles. Mamanboussole ayant été nourrie à la rigueur scientifique par son parcours professionnel, le constat est là : non, tous les professionnels de santé ne sont pas correctement formés ou à jour. Toute demande de correction devra donc impérativement s’appuyer sur des sources ou des articles scientifiques récents, et non sur des habitudes de pratique ou opinion personnel.   ↩︎